OPINION

La pandémie a complètement chamboulé notre horizon économique. Malgré les sombres prévisions sur la scène globale, la place helvétique peut compter sur des fondamentaux solides et sa main-d’œuvre qualifiée, écrit Arturo Bris, professeur de finance à l’IMD et directeur du Centre de la compétitivité mondiale.

Si la plupart des économistes prévoient des lendemains pénibles suite à la crise sanitaire, il convient d’identifier les points forts sur lesquels chaque pays doit pouvoir s’appuyer pour redémarrer son économie.En considérant la situation générale de la Suisse, on remarque que le pays bénéficie d’atouts compétitifs intéressants. Premier aspect: sa situation géographique qui, au cœur de l’Europe, lui assure une proximité immédiate avec ses principaux partenaires, clients et fournisseurs. En tant que pays exportateur, cette situation au sein du marché européen s’avère capitale et devrait faciliter les aspects logistiques et d’approvisionnement liés à son industrie. Une proximité dont ne bénéficient pas forcément les grandes puissances pour qui la logistique et la maîtrise des flux d’approvisionnement devraient aller en se complexifiant.

Dans les points forts, ou du moins les aspects avantageux de son contexte, la Suisse jouit en outre d’une configuration assez unique en matière de finances publiques, avec une situation très saine. La place helvétique n’est en effet pas entravée par des situations d’endettement problématiques comme cela peut être le cas dans d’autres pays et chez certains de nos voisins européens. L’excédent budgétaire dont on bénéficie constitue donc un solide avantage qui, en temps de crise, permet de passer le cap plus facilement, le tout en limitant au maximum les dommages causés aux différents acteurs économiques.

Quelles opportunités et menaces pour 2021?

Le redémarrage de l’économie doit aussi et surtout passer par l’identification des opportunités les plus prometteuses. Outre le maintien des acteurs et secteurs économiques actuels, il s’agit également de prendre une longueur d’avance dans des domaines novateurs. Dans ce cadre, impossible de ne pas mentionner la transformation digitale. Un secteur clé, en particulier dans le contexte actuel où la numérisation des habitudes et processus de travail prend tout son sens avec la progression massive du télétravail pour la plupart des entreprises. On notera d’ailleurs qu’outre la gestion des moments de crise, le télétravail devrait être adopté plus largement de manière générale dans de nombreuses sociétés vu le succès qu’il rencontre auprès des collaborateurs.

Globalement, il est important de souligner le fait que la facilitation et la progression du télétravail permettent d’accélérer la réparation économique des dommages engendrés par la crise.

Autre opportunité à saisir, la pharma et le domaine de la santé publique au sens large. La Suisse aurait d’ailleurs tout intérêt à prioriser ce segment pour se repositionner en tant que pays clé. Les pandémies risquant de revenir, la Suisse devrait faire ce qu’il convient pour revenir sur le devant de la scène globale et ne pas rester en dehors de la course pharmaceutique mondiale. Le pays bénéficie d’une solide image et renommée par rapport à son positionnement scientifique. Ne pas maintenir et développer cet atout pourrait s’avérer dommageable.

Enfin, en matière de risques, en Suisse, comme dans de nombreuses économies d’ailleurs, la dépendance par rapport aux marchés internationaux doit être considérée attentivement.

Attractivité de la place helvétique

La Suisse reste attractive en comparaison internationale. Elle est dotée d’un système d’éducation de haute qualité et répondant aux besoins du marché, notamment avec la formation duale qui a fait ses preuves. Elle offre aussi un terrain fertile à l’innovation et un environnement propice à la génération d’idées novatrices même en cette période complexe et incertaine. Et il est essentiel de maintenir et favoriser cette ouverture globale, en particulier pour continuer à attirer les talents internationaux, qui sont d’ailleurs les plus actifs et nombreux dans le dépôt de brevets.

La Suisse doit aussi parvenir à mieux retenir les innovations et start-up qui ont du succès. Souvent, l’innovation née sur notre sol est ensuite rachetée à l’étranger. Un effort doit donc être fait pour mieux garder ces talents afin de profiter sur le long terme de la plus-value économique de ces pépites, tout en en faisant bénéficier le tissu économique local.

La Suisse a donc les moyens de s’améliorer davantage en termes d’agilité et de rapidité, comme dans le contexte de la digitalisation ou la transformation des modèles d’affaires, même si les conséquences de la pandémie généreront des enjeux sans précédent.

*Arturo Bris, professeur de finance à l’IMD et directeur du Centre de la compétitivité mondiale